Chapitre I : La rencontre
Une fois de plus me voilà devant ce miroir. Ma main vient caresser les traits de mon visage alors que mes yeux se plissent légèrement, éblouie par le coucher de soleil se trouvant dans mon dos et reflétant sur le miroir. Je suis belle, un peu comme toutes les filles de ma communauté. La beauté, aux yeux de certains nous n'avons que cela, à croire qu'avoir des lèvres pulpeuses ou une poitrine suffisamment généreuse pour faire le bonheur d'un nourrisson nous rendaient idiotes. Avoir des éclairs au bout des doigts, pouvoir invoquer le feu d'un dragon ou soigner une personne dans le besoin n'est-il pas assez pour avoir un autre regard sur nous que celui de l'angle où vous pourrez voir notre culotte ? Certaines ne relèvent pas, moi je suis bien plus caractérielle, prenant facilement la mouche et m'amusant à leur donner un coup de foutre sur la tronche quand certains vont trop loin. Mais une fois encore, quand ma puissance dépasse la leur, alors que j’espère provoquer l'étincelle dans leur cervelle, je n’obtiens que mépris et jalousie. Décidément l'être humain ne changera jamais, quand quelqu'un est plus fort que soit c'est forcément de la triche ou des cours particuliers derrière un buisson, mais quand c'est soit même le plus fort, alors là, c'est dû à un dur labeur et des années d'entrainement. La blague.
Avant quand je me sentais trop étouffée par les gens, par les échos de leur voix qui insultaient le voisin ou qui racontaient des potins derrière le dos d'autres, je m'enfuyais, je partais loin, si loin que même l'homme avec qui je partageais ma vie avait du mal à me trouver. Mais à présent, l'empereur Paso à réduit nos terres, nous empêchant d'être trop éloigné les uns des autres, je ne peux plus tourner la tête sans croiser quelqu'un, je me sens oppresser, comprimé dans un monde où la population est trop grande pour les contrées à explorer. Peut-être que notre empereur l'a fait exprès, peut-être qu'il désire juste un peu d’animation et nous voir nous entretuer comme dans un combat de chiens alors qu'il prend les paris pour en tirer un bénéfice. Après tout, nous sommes nées ainsi, avec le pouvoir de disparaître, le pouvoir de faire appel aux éléments, de soigner, de trancher, de griffer, de tirer des flèches qui font si mal que cupidon s'en sentirait presque con, le pouvoir de se protéger aussi. Tous ces dons ne sont pas faits pour chahuter dans le village mais bien pour découvrir le monde, accroître notre puissance et la montrer, je sais tout cela, mais dans le fond, avoir des moments d'ermite m’arrangeait bien.
Je peux soigner, c'est une de mes spécialités, mais malheureusement même si avec moi certaines de vos blessures ne se verront quasiment plus, la douleur du cœur, elle, ne peut être effacée. Mon époux, cela faisait longtemps que je le voulais, c'était forcément lui à mes yeux, malgré sa façon de parler un peu étrange parfois, sa solitude, son ego qui pouvait être, par moment, surdimensionné, c'était lui et pas un autre. Il a fallu plusieurs rendez-vous pour que j'arrive à mes fins, heureusement ma très bonne amie était la marchande du village où nous vivions, alors à chaque fois qu'il passait pour remplir son sac avant une longue quête, j'étais immédiatement prévenue et je pouvais arriver l'air de rien pour faire un peu de shopping afin d'attirer son attention. Notre plan marcha et bien vite les vœux furent dits.
Mais l'amour ne dure jamais, l'amour existe-t-il d'ailleurs ou est-ce seulement l'alchimie de deux corps en manque qui nous attirent l'un vers l'autre ? A mes yeux l'amour est comme un parfum, il faut juste espérer avoir les moyens de prendre la bonne marque pour que son odeur dure le plus longtemps possible avant de disparaître. N'en avais-je pas mis assez pour que son regard se détourne de moi ? Sans doute. Ma rivale devait bien empester dans tous les cas, car aussitôt l'odeur avait détourné ses yeux qu'il avait déjà des vertiges et des maux de tête. Mais il était trop tard, je n'étais pas de celles qui pardonnent facilement, aussi, je m'étais détournée alors qu'il voulait me repêcher et mes yeux s'était perdus dans ceux d'un homme qui, malgré ses faux airs de divinité, était probablement le mal incarné.