(parce que c'est de saison) Je ne vous hais point.

    • (parce que c'est de saison) Je ne vous hais point.

      Le minois concentré, la jeune fille trempe les poils de son outil dans le récipient d'encre diluée. Son agitation intérieure n'est certainement pas aidée par les bruits de courses effrénées autour d'elle suivis d'un silence suspect.
      Un premier projectile -une noix- atterrit non loin sur le parquet et roule paresseusement jusqu'à toquer son genou.
      Elle inspire, épaules hautes, et fait de son mieux pour retrouver un semblant de sérénité. Les épaules s'abaissent, elle soupire longuement. Ces enfants ! Où en étions-nous ? Ah oui, se relire avant tout ! Sa bouche affiche une petite moue insatisfaite car l'exercice est hautement périlleux.
      Un deuxième missile de même nature la heurte audacieusement à l'épaule, aussitôt suivi par des gloussements étouffés et un "Oooh non raté ! " à peine dissimulé. Les yeux de la brunette se ferment à demi en deux fentes félines tandis que ses iris se déplacent lentement sur le côté sans qu'une autre partie de son corps ne bouge.
      *Vas-y, toi !*
      *Mais naaaaaan c'était déjà moi la dernière fois ! *
      *C'est pas vrai c'est moi qu'a tout pris quand t'as été cacher son peigne en haut de l'érable même-que-regarde-j-ai-encore-des-bleus-sur-la-fesse-et-que-si-j-avais-pas-demandé-pardon-bah-elle-m-aurait-mangé-une-oreille-qu-elle-a-dit-et-que-moi-je-l-ai-crue-figure-toi !"
      *Bon, bon...*

      Est-ce une esquisse de sourire qui relève les coins de sa bouche ?
      En minette joueuse mais patiente, elle attend le moment opportun et fait mine de se relire avec application. Ses sens en éveil guettent les petits pas feutrés sur la coursive de bois. Juste encore un peu... Ouiiiii...
      YAAAA !!!
      La troisième noix est attrapée en plein vol avant d'atteindre sa tête. Sous l'effet du volte-face surprise le petit garçon en tombe à la renverse sur son derrière. Ni une, ni deux ! La tigresse a bondi sur sa proie dans un grand cri triomphant et l'immobilise en un battement de cils. Plus il gigote, plus elle resserre son étau en ricanant. Il est perdu ! Et il le sait.
      _'Mikoooo tu m'écraseu !
      _Ranafiche ! On m'assaille ! Et en traître en plus ! Que les dieux me viennent en aide et sus à l'ennemi ! conclut-elle en entamant une attaque chatouilles sur sa prise maintenue au sol.
      Nous en retiendrons que la loi de la nature est cruelle mais juste. Après des hurlements de rire à faire trembler le temple, la proie capitula et fut autorisée à reprendre son souffle. On conclut même un accord de paix -momentanée- autour de quelques gâteaux de pâte de haricot sucrée. L'adolescente sourit en direction d'un buisson.
      _Allez, viens prendre le tien avant qu'il n'en reste plus.
      Une fillette vêtue de bleu pâle en sortit et rejoignit le duo.
      _Normalement t'es toujours à t'entraîner alors on est venus voir pourquoi t'étais pas là. C'tout.
      Désignant d'un menton couvert de miettes la lettre.
      _C'est quoi ?
      Emiko se mordit la lèvre inférieure. Un sourire vint spontanément illuminer son visage.
      _C'est pour quelqu'un d'important.
      _Chouette ! dit la petite en battant des mains.
      _Tu nous le lis ?
      _Euh... Non, je ne peux pas.
      _Pourquoi ?
      _Parce que.
      _Pourquoi parce que ?
      Garder son calme.
      _Parce que ce sont des histoires de grandes personnes et que vous ne compr... commença-t-elle à expliquer d'un ton docte.
      _Bah !! Depuis quand t'es une grande personne ?? T'as même pas de poitrine comme la marchande !
      BIM !
      _Oui tu ne nous a rien dit.
      _On ne nous dit jamais rien t'façon.
      _Oui.
      _Oui.
      _T'es bizarre, 'Miko.
      _Ahin ! Chuis sûre que c'est un amoureux.
      _T'as un amoureux 'Miko ?!
      _On ne nous dit jamais rien...
      _Non.
      _Non...
      L'accusée faillit avaler sa bouchée de travers à l'énoncé de ses supposées défaillances physiques et eut même le réflexe de couvrir de ses bras la partie incriminée. Mais la vérité à demi énoncée lui rappela la difficulté de sa situation.
      _Non, je n'en ai pas. Vous auriez été les premiers à savoir, sinon.
      Elle se mit à ranger son matériel de calligraphie tout neuf en s'efforçant de faire bonne figure devant les petits.
      Deux paires d'yeux clignèrent en même temps en voyant leur volcanique amie réagir ainsi.
      _Ton sourire il est triste, 'Miko.
      _Je t'assure, je ne le suis pas, se défendit-elle avec une grimace amusée.
      *Tu vois je t'avais dit, elle a écrit à un amoureux*
      *Comme si on devinait pas tout !*

      _Il va te répondre ? demanda gaiement la fillette que cette perspective emplissait de joie.
      _Ce n'est pâââââs mon amoureux ! Grrr ! Il ne me doit rien.
      _Il devrait. T'es pas la plus féminine, non. Bon.
      _Pis tu te perds tout le temps.
      _Ouais pis tu sais pas trop cuisiner.
      _Pis...
      Deux noix ricochèrent simultanément sur les caboches des petits.
      _Pis t'as un caractère de cochon d'abord !!
      _C'est pas ça qu'il fallait direuu !
      _Ah oui euuuh. Non mais t'es gentille.
      _Oui.
      _Oui...
      Devant les gamins sceptiques la toute jeune fille éclata de rire et les serra bien fort dans ses bras.

      La lettre fut oubliée pendant quelques heures, le temps de célébrer comme il se devait les premiers rayons d'un pâle soleil d'hiver. Lorsque le corps fut bien fatigué et qu'elle rejoignit son écritoire, la jeune fille ne put s'empêcher de relire une millième fois sa lettre.

      Elle laisse courir la pulpe de ses doigts sur les idéogrammes, passe et repasse devant de sa démarche souple, lève les yeux au ciel, sourit puis frémit tour à tour, s'interdit de la regarder alors que cent fois elle se retient de la froisser ou de l'embrasser. Puis sort.

      Neko-chan wrote:

      Ami,

      Je choisis le cœur de cette nuit pour effleurer mes craintes du bout du pinceau.
      Vous avez été le premier à me considérer avec ce qui semblait de la bienveillance dans ce royaume où je n'étais qu'une étrangère et ne suis encore qu'à peine plus. Y a-t-il eu d'élan de reconnaissance plus sincère que le mien, pour vous, ce jour où vous m'avez prodigué les premiers conseils qu'on peut donner à une novice ? Peut-être oui, pourtant j'ai du mal à imaginer qu'un être humain puisse survivre au souffle immense de la joie qui m'a soulevée.

      Ami,
      L'instinct a toujours su me préserver des mauvaises passes et le mien me chuchote de ne pas redouter la gaieté qui m'envahit lorsque je vous sais non loin. Je suis convaincue qu'un homme aimé et protégé loyalement par ses généraux est un homme bon et juste. Je l'ai vu, je l'avais deviné, je le sais à présent.

      Ami,
      Je ne suis pas un agneau nouveau.
      Je ne suis pas née guerrière.
      Je n'ai plus peur de rien sinon d'une cage ou de votre mépris.
      Je n'ai qu'une langue maladroite et des pensées confuses lorsque vous posez sur moi vos iris sévères.

      Ami,
      Pourquoi ?
      Je ne sais même pas dire ce que je préfère alors qu'un nom joue les équilibristes sur le rebord de mes lèvres.
      Simplement, n'essayez pas de forcer le jour à poindre plus tôt. Je m'y perdrais.

      Âme,
      J'ai su qu'il existe en ce royaume des objets divins capables de miracles et des artefacts fantastiques à même de défaire des armées entières ou soumettre les dieux eux-mêmes d'un simple geste.
      Que m'importe.
      Quand j'aurais simplement souhaité que mes émotions se cristallisent en couleurs les plus belles pour que vous puissiez les apprécier, et voir ce que je ne sais expliquer.

      Mon Âme,
      J'aime mes frères d'armes, je les préfère pour les raisons qui font que je suis encore en vie aujourd'hui grâce à leurs boucliers, que nos coups mêlés et nos corps meurtris sous nos armures le sont les uns pour les autres et pour ces mêmes idéaux que nous défendons à travers le royaume. Ces dangers tissent des liens durables et solides entre nous c'est indéniable.

      Mais, vous, mon Am...

      Avec eux, le combat et ses réjouissances sauvages.
      En votre présence, un apaisement pourtant rompu par une seule de vos terribles œillades, une joie jetée en pâture au hasard de nos rencontres, un charme sur la sauvageonne que je suis, un sort inexpliqué qui terrasse ma moindre intention de répartie, qui me laisse hésitante et incertaine comme je ne l'ai jamais été.

      Comment nomme-t-on ce tumulte intérieur ?
      Quand je perds la parole je crois étouffer, si fort que je me persuade que ne verrai pas l'aube suivante.
      J'espère une réponse et pourtant, moi qui pensais ne rien craindre, je la redoute plus que le panthéon de tous les démons réunis.

      Mais parlez-moi juste,
      par l'écho des vallées ou tout près de moi,
      et je me consumerai
      en douceur
      et bienheureuse.




      ***

      Un papier de mûrier gît à côté du jeune homme endormi. Plus aucune trace de l'oiseau nocturne venu le déposer furtivement.

      Dessus l'écriture est aérée mais le trait de pinceau est bref, celle d'une personne déterminée mais agitée.
    • Votre correspondant wrote:




      Toute la poésie de votre amour vient de l'intense sensation faisant chavirer la moindre de vos idées, jusqu'ici pourtant, tournées tout naturellement vers un dessein froid et factuelle de la vie.




      En rien mesure de ma noblesse, vous vivez dans cet intermédiaire que sont vos sensations. Ô jamais vous ne me toucherez réellement. Jamais vos sensations naîtront directement de mon corps . Cette valeur que vous m'attribué, qui est sensé me définir, n'est rien de plus que le constat que vos besoin on été assouvie à cet instant. Seuls jugent de votre réalité sont t'ils, pourtant, qui est tu pour me définir ainsi? Si j'avais été différent, si ma nature ne t'aurait été d'aucune aide à ce moment, est-ce-que cela aurais été un quelconque signe de ma faible valeur ?


      J'ai vu les actes d'amours qu'on reçu mes collègues. Un acte d'amour, n'est puissant que lorsqu'il est un acte de dégout pour tout les autres. Qui étais l'à quand je ne portais pas encore cet uniforme, devant trouver ma voie sans instruction et sans courage à arborer devant les femmes. Je n'avais rien d'excitant à offrir, mais pourtant… Ce n'est pas justement lorsque notre mal est grand que l'on peine le plus à ce constituer d'éléments attractifs? Ce n'est pas justement lorsque l'on vas mal qu'on a le plus besoin de quelqu'un. Ce monde est si paradoxal.


      Accueillant le respect et la camaraderie de mes supérieurs, dans les bureaux du lieutenant en second, je repensais à ce que je serais devenue si plus tôt, on m'avais offert un soutient, me gardant de tomber dans la voie de la guerre.




      Je ne peut que constater que l'humain ce n'est que la sustentation de ses besoins personnels qu'il habille de tout les mots qui puisse résonner comme les tressaillement de ce qu'il ressent, déguisements ayant comme fin d'ajouter à cet univers ridicule la touche de noblesse qui lui manquais afin de pouvoir l'apercevoir lorsque qu'il regarde les étoiles.




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